Aishiteruze Baby : grandir autrement

Aishiteruze Baby (Babe My Love, 2004) est une série animée adaptée du manga de Yoko Maki. Elle raconte une histoire sur la solitude, l’attachement et la résilience à hauteur d’enfant. A travers le parcours de Yuzuyu, 5 ans, Aishiteruze Baby nous montre comment des figures d’attachement de substitution vont aider la petite fille à surmonter l’absence de sa maman.

Kippei : la transformation d’un adolescent insouciant en pilier affectif

Kippei, lycéen de 17 ans, occupe une place centrale dans l’histoire. Au début, sa réputation ne lui fait pas honneur : aux yeux des autres, c’est un garçon paresseux, dragueur et insouciant, uniquement préoccupé par ses loisirs et sa vie d’adolescent.

Cependant, l’arrivée de sa cousine Yuzuyu vient bouleverser son quotidien : Kippei doit se ressaisir pour s’occuper de la petite et il devient vite sa figure d’attachement principale. Grâce à ce nouveau rôle, il gagne progressivement en maturité, développe un sens de la responsabilité et apprend à dépasser son côté égoïste.

Kippei bénéficie déjà d’un cadre familial stable et sécurisant avec deux parents présents, des grands-parents, une soeur aînée adulte et un petit frère qui vivent tous sous le même toit. C’est sa soeur Reiko qui l’obligera à devenir l’ange gardien de Yuzuyu pour l’aider à grandir.

Il commencera également à sortir avec Kokoro, une camarade de classe douce, brillante et intelligente. Cette dernière illustre une autre forme d’autonomie : vivre seule pour se protéger émotionnellement du nouveau mariage de son père.

Ainsi, Kippei montre que grandir peut être le fruit de l’amour et de la responsabilité que l’on porte pour un autre.

Yuzuyu : blessure d’abandon et adaptation

Yuzuyu est confiée à la famille de Kippei après que sa mère, dévastée par la mort de son mari, sombre dans une profonde dépression. Elle n’arrive plus à s’occuper correctement de sa fille et préfère la confier à la famille de sa grande soeur.

De ce fait, à 5 ans, Yuzuyu doit s’adapter à une nouvelle maison et une nouvelle école, tout en essayant de ne pas perdre le lien avec sa mère. Elle refuse de porter l’uniforme de sa nouvelle école, de peur d’oublier son ancienne vie, persuadée que sa maman ne la reconnaîtra plus si elle change d’uniforme.

Cette tension montre alors combien un enfant peut être tiraillé entre adaptation et attachement, entre besoin de sécurité et peur de perdre ceux qu’il aime.

Un désir d’autonomie trop précoce

Croyant à tort que Kippei en a marre de s’occuper d’elle, Yuzuyu tente même de rentrer seule de l’école, malgré son jeune âge et le réglement de l’établissement. Echappant à la surveillance des assistantes maternelles, elle finit par se perdre et se résout à se cacher dans l’aire de jeu, tout apeurée jusqu’à la nuit tombée.

Cet épisode illustre sa vigilance constante et son besoin de contrôler ce qu’elle peut, mais aussi la fatigue émotionnelle que cela impose à ceux qui la protègent comme Kippei.

Difficultés relationnelles et harcèlement

A l’école maternelle, Yuzuyu a déjà des rapports conflictuels avec certains de ses camarades. En effet, Marika, une petite fille pourrie gâtée, se moque régulièrement d’elle en lui disant qu’elle n’a pas de maman. Il y a aussi Ken, un petit garçon maladroit, qui se moque du déjeuner de Yuzuyu préparé par Kippei : de simples boulettes de riz non garnies et difformes. Humiliée et blessée, Yuzuyu le gifle devant tout le monde et se fait punir.

Plus tard, elle est également victime d’intimidation par une adolescente du lycée de son cousin. Jalouse de la proximité de Yuzuyu avec Kippei, cette amoureuse transie prend un malin plaisir à l’humilier, allant jusqu’à la déposséder de ses crayons de couleur qu’elle jette brutalement dans une poubelle. Choquée, Yuzuyu n’ose rien dire et tente de récupérer d’autres crayons dans un magasin sans payer avant d’être arrêtée par le gérant. Ne connaissant pas le contexte de cette tentative de vol, Kippei et sa famille ne pourront pas la soutenir immédiatement comme il se doit.

Ces événements renforcent le sens d’hypervigilance de Yuzuyu et ses facultés d’adaptation. Elle apprend très tôt à protéger ses émotions et reste très attentive en observant les comportements des autres.

Reiko : autonomie adulte et soutien indirect

Reiko, la soeur de Kippei, est adulte, indépendante financièrement, elle travaille et a une relation amoureuse. Pourtant, elle reste rattachée à sa famille, offrant un exemple de stabilité et de sécurité affective. Elle incarne ainsi une manière différente de grandir : s’autonomiser sans rompre les liens, un contrepoint à l’autonomie imposée de Kokoro et à la vulnérabilité de Yuzuyu.

Reiko montre alors que l’on peut devenir adulte tout en restant disponible et connecté aux autres.

Différentes trajectoires, mêmes besoins

La série illustre donc plusieurs manières de grandir :

  • Yuzuyu, petite fille hyper-adaptée et vulnérable
  • Kippei, adolescent qui apprend la responsabilité et la maturité grâce à Yuzuyu
  • Kokoro, adolescente autonome mais isolée
  • Reiko, adulte indépendante financièrement mais rattachée à sa famille.

Ainsi, ces 4 cas de figures convergent tous vers une vérité essentielle : les enfants, adolescents et adultes ont besoin d’un lieu sûr où revenir, même imparfait.

Conclusion

Aishiteruze Baby nous montre que la santé mentale se construit et se répare dans le quotidien : dans la constance, les gestes répétitifs mais rassurants, et les liens qui ne disparaissent pas. Ses personnages incarnent chacun une façon différente de grandir et d’apprendre à se connecter aux autres.

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