Aimer sans disparaître

Au commencement…

Au début du film Mon inconnue, Olivia et Raphaël se rencontrent à 18 ans, sur les bancs du lycée. Ils tombent amoureux jeunes, intensément, avec cette certitude propre aux premiers amours : ensemble, tout est possible.

Ils se marient très tôt, sans argent, en toute simplicité. Pas de faste, mais beaucoup d’espoir. Et surtout, ils se promettent de se soutenir dans la réalisation de leurs rêves respectifs : Raphaël aspire à devenir écrivain. Olivia rêve d’être pianiste concertiste.

Raphaël et Olivia s’aiment fort et ils avancent à deux, main dans la main.

Dix ans plus tard : quand l’amour vacille

Dix ans passent.

Raphaël est devenu un écrivain de science fiction à succès, invité sur les plateaux de télévision. Sa carrière prend toute la place.

Quant à Olivia, elle s’est peu à peu effacée. Elle s’est reconvertie en professeure de piano. Non pas par manque de talent, mais parce que toute son énergie s’est déplacée ailleurs : vers la réussite de Raphaël.

En effet, c’est la première à croire en lui et à le soutenir. C’est elle qui envoie son premier manuscrit. Qui l’aide à peaufiner la psychologie de ses personnages de fiction. Il a l’habitude de tout écrire à la main donc c’est encore elle qui lui dicte ses textes pour qu’il puisse les taper à l’ordinateur.

Ainsi, Olivia devient une co-autrice invisible, un pilier silencieux dans la vie de son partenaire.

L’amour dans les petits détails

L’amour d’Olivia pour Raphaël se manifeste dans des petits gestes, des attentions quotidiennes.

A titre d’exemple, elle prépare pour lui des visages créatifs et rigolos avec les aliments du jour. Ces gestes sont simples mais chargés de sens. Ils signifient : je te vois, tu comptes pour moi, je prends soin de toi.

Et que dire des madeleines aux sachets verts saveur coco qu’ils sont les seuls à apprécier? Elles représentent un partage unique, un code intime et une mémoire sensorielle commune.

Plus tard, Raphaël tentera de racheter ces fameuses madeleines, leurs madeleines de Proust en quelque sorte, comme un homme nostalgique qui essaie de faire revivre un amour passé par le pouvoir du souvenir.

Cependant, l’amour ne renaît pas par répétition.

Tomber ensemble…puis séparément

Au début du film, Olivia et Raphaël tombent dans les pommes en même temps. Ils s’évanouissent ensemble.

Les pommes, cette chute symbolique, vient sceller leur accord initial : ils perdent pied à deux.

Dix ans plus tard, ils ne tomberont plus ensemble. Ils ne vivront plus au même rythme.

Zoltan et Shadow : quand la fiction dévoile l’insconscient

Raphaël écrit un roman de science fiction, une série, depuis qu’il a 18 ans. Son alter ego s’appelle Zoltan. La femme qu’il aime se nomme Shadow, l’ombre.

Dans le premier épilogue de son roman, Shadow meurt. Cette fois, Raphaël n’ose pas faire lire cette fin à Olivia alors qu’elle a toujours été sa première lectrice depuis le début.

Cette fin amère, elle la découvre en cachette, seule et en pleurs. Cette scène vient clore la première réalité.

Ce choix narratif est tout sauf anodin : dans la fiction comme dans la réalité, la figure féminine est sacrifiée.

Zoltan occupe la place centrale de l’histoire tandis que Shadow reste en retrait dans l’ombre.

Félix : la place donnée aux autres

Dans la première réalité, Félix, son meilleur ami autrefois, est relégué à la place d’ancien camarade de lycée. En effet, Raphaël se souvient à peine de lui. Le succès a éloigné le lien qu’ils avaient tous les deux.

En revanche, tout bascule dans la seconde réalité.

Raphaël est redevenu anonyme, transformé en professeur de littérature dans un collège. Et c’est là que Félix va devenir un véritable pilier.

Les deux amis travaillent ensemble, jouent au ping-pong et partagent des instants de vie quotidiens. Félix est de nouveau son meilleur ami, son frère de coeur, et Raphaël peut tout lui dire, y compris cette étrange histoire de metaverse.

Malgré ses doutes, Félix choisit de croire Raphaël. Et surtout, il choisit de le soutenir.

Ainsi, quand l’ego tombe, la relation devient possible.

Le metaverse : quand les rôles s’inversent

Dans cette autre réalité, Olivia a réussi à réaliser son rêve de toujours. Elle est alors pianiste concertiste, reconnue et admirée.

Et pourtant, elle est restée fidèle à elle-même : simple, vraie, authentique.

Le succès ne l’a donc pas éloignée de sa vraie nature.

C’est ainsi que Raphaël prend conscience d’une vérité essentielle : Olivia méritait cette réussite.

Lui, en revanche, est devenu invisible. Son roman n’a jamais vu le jour. Il est resté à l’état de genèse, oublié dans un fond de tiroir.

Sans l’énergie et le soutien d’Olivia, l’écriture de Raphaël ne s’est jamais déployée.

La mémoire du coeur

La grand-mère d’Olivia est présente dans les deux réalités. Elle souffre de la maladie d’Alzheimer.

Mais ici, Alzheimer n’est pas une absence. Il devient une autre forme de conscience. La grand-mère oublie les dates, les faits et les repères, mais elle reconnaît Raphaël.

C’est ainsi qu’elle dira : « Je me souviens des gens qui comptent. »

Le film propose alors une lecture douce et bouleversante : il existe une mémoire du coeur, une mémoire affective qui traverse le temps et les réalités.

Aimer sans être attendu

Dans le metaverse, Félix rappelle à Raphaël qu’il a une chance inouïe. Celle de pouvoir retrouver l’amour de sa vie, même si cette femme ne le connaît pas ou ne le connaît plus.

De ce fait, l’important n’est pas la gloire, mais d’aimer et être aimé.

Raphaël connaît tout d’Olivia, qu’il s’agisse de ses goûts, de sa sensibilité ou de ses silences. Il dispose alors d’un avantage fragile, non pas pour la manipuler, mais pour la rencontrer autrement.

Vouloir le retour d’Olivia…et de ce qu’il a perdu avec elle

Au départ, Raphaël veut revenir à sa vie d’avant. Pour retrouver Olivia, mais aussi sa gloire d’écrivain.

Ses motivations ne sont donc pas totalement intègres. En effet, il confond le manque affectif avec le manque narcissique.

Puis quelque chose finit par se décanter. Raphaël comprend alors que ce qui lui manque réellement, ce n’est pas la reconnaissance, mais la vie partagée.

Même si aimer Olivia signifie renoncer à sa carrière.

Réécrire la fin

Ainsi, dans la seconde version de son roman, Raphaël écrit une tout autre fin. Il ne sacrifie plus Shadow. Il tue Zoltan.

De ce fait, il renonce à la toute-puissance et quitte la place centrale du récit.

Conclusion

Mon inconnue est un film sur les amours silencieux. Ceux qui ne se brisent pas dans le conflit, mais dans l’effacement progressif de l’un des deux partenaires.

Par conséquent, aimer, ce n’est pas briller plus fort que l’autre mais lui faire de la place.

Ce film délicat, sensible et profondément humain constitue un support précieux pour développer notre réflexion sur l’amour, la reconnaissance et l’équilibre dans le lien.

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