Le jeu des besoins

Un outil d’alphabétisation émotionnelle au service du travail thérapeutique

En consultation, beaucoup de patients savent dire qu’il ne vont « pas bien », qu’ils sont stressés, irritables ou épuisés.

Mais lorsqu’on leur demande « De quoi avez-vous besoin en ce moment ? », le silence s’installe. Identifier ses besoins n’est pas inné, cela s’apprend.

Le Jeu des Besoins des éditions Comitys est un outil d’alphabétisation émotionnelle qui permet d’identifier, accueillir et comprendre ses besoins humains fondamentaux tout en développant ses compétences psychosociales et son intelligence émotionnelle.

Utilisé en séance individuelle, il devient un véritable levier thérapeutique.

Une structuration en 5 familles de besoins

Le jeu comprend 59 cartes réparties en 5 grandes familles :

  • Besoins d’évolution
  • Besoins relationnels
  • Besoins d’affirmation
  • Besoins intellectuels
  • Besoins du corps.

Quelques exemples :

  • Besoin de créer : besoin d’affirmation
  • Besoin de complicité : besoin relationnel
  • Besoin de réfléchir : besoin intellectuel
  • Besoin de nourriture : besoin du corps
  • Besoin de renaître : besoin d’évolution.

Cette classification permet d’entrer dans une lecture fine et nuancée de soi-même.

Comment utiliser le jeu en séance individuelle ?

Même si ce jeu peut se pratiquer en groupe, plusieurs règles s’adaptent parfaitement au cadre thérapeutique.

1. Découvrir les familles de besoins

Pour les enfants de 12 ans et plus, adolescents et adultes.

On distribue 10 cartes au patient. Il doit les classer dans les 5 familles de besoins.

Ce simple tri ouvre un travail riche :

  • Quels besoins sont faciles à classer ?
  • Certains semblent-ils appartenir à plusieurs familles de besoins ?
  • Dans quelle famille de besoin vous reconnaissez-vous le plus aujourd’hui ?
  • Y a-t-il une famille de besoin que vous négligez ?

En séance, cet exercice met souvent en lumière des déséquilibres. Par exemple : une personne très centrée sur les besoins intellectuels (réfléchir, comprendre) mais peu connectée à ses besoins corporels (repos, nourriture).

Le classement devient alors un miroir du fonctionnement interne.

2. Identifier les besoins insatisfaits

Dès 6 ans.

On dispose les 59 cartes besoin face visible.

Consigne : « De quoi ai-je besoin en ce moment ? »

Chaque carte comporte 3 niveaux d’intensité de couleur sous forme de pastilles (nuances de rose, jaune, vert ou bleu) permettant d’évaluer la tension du besoin :

  • Intensité faible
  • Intensité moyenne
  • Intensité élévée.

On explore ensuite :

  • Comment vous sentez-vous lorsque ce besoin est insatisfait ?
  • Comment cela se manifeste-t-il ?
  • Quelles sont vos réactions ?

Exemples :

  • Besoin de sécurité insatisfait : panique
  • Besoin de nourriture insatisfait : irritabilité
  • Besoin de complicité insatisfait : tristesse, repli
  • Besoin de créer insatisfait : frustration, perte d’élan.

Cet exercice permet ainsi de relier besoin, émotion et comportement, ce qui est particulièrement utile en cas d’anxiété, de conflits relationnels ou d’épuisement.

3. L’enquête sur les besoins

Dès 11 ans.

Les cartes besoin sont disposées devant le patient.

On pose des questions concrètes.

A quel besoin je répond quand :

  • Je regarde une série ?
  • Je publie sur les réseaux sociaux ?
  • Je grignote des chips ?
  • Je caresse mon chat ?
  • Je vais chez le médecin ?
  • Je lis des faits d’actualité ?

Cet exercice souligne que derrière chaque comportement, il y a une tentative de répondre à un besoin.

Par exemple :

  • Regarder une série : besoin de détente, d’évasion
  • Publier sur les réseaux sociaux : besoin de reconnaissance ou de lien
  • Grignoter : besoin de réconfort ou besoin physiologique.

Le jeu permet de travailler en douceur sur les conduites compensatoires sans entrer dans la culpabilisation.

4. Le souvenir de mes besoins passés

Dès 8 ans.

On sélectionne certaines cartes besoin (ex : besoin d’oser, besoin d’espoir, besoin de cohérence, besoin de faire mon deuil, besoin de victoire etc.).

On invite le patient à raconter une situation vécue en lien avec chacun de ces besoins.

Ce travail favorise :

  • La narration thérapeutique
  • La mise en sens du parcours de vie
  • L’intégration émotionnelle.

Il permet aussi d’identifier des ressources déjà mobilisées dans le passé.

5. Les besoins ont-ils un sexe ?

Cet axe est particulièremen intéressant en thérapie adolescente ou adulte.

On questionne :

  • Existe-t-il des besoins féminins ou masculins ?
  • Certains besoins ont-ils été valorisés ou interdits dans votre éducation ?
  • Certaines familles de besoins ont-elles été négligées ?

Ce travail permet d’explorer :

  • Les injonctions éducatives
  • Les stéréotypes de genre
  • Les conflits internes liés à l’identité.

Pourquoi cet outil est-il précieux en séance individuelle ?

  • Il enrichit le vocabulaire émotionnel
  • Il aide à différencier besoin et stratégie
  • Il favorise la responsabilisation sans culpabilisation
  • Il structure la réflexion
  • Il rend visible l’invisible.

De ce fait, beaucoup de patients découvrent qu’ils ne sont pas « trop sensibles » ou « trop exigeants ». Ils sont simplement porteurs de besoins légitimes non nourris.

En pratique

En séance, j’utilise particulièrement :

  • L’identification des besoins insatisfaits en période de crise
  • L’enquête pour travailler les comportements répétitifs
  • Le tri par familles de besoins pour repérer les déséquilibres
  • Une question d’ouverture en fin de séance (Quel petit geste concret pourrait nourrir ce besoin cette semaine ?).

Conclusion

Le Jeu des Besoins devient alors plus qu’un support ludique. Il devient un outil de prise de conscience, de régulation émotionnelle et de connaissance de soi.

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